Sandrine Bovis, intervenante à l’ESM, publie une chronique parue dans le 24 Heures et la Tribune de Genève du 6 mars 2026.
Et si le vrai risque de l’IA, c’était la paresse intellectuelle ?
Dans nos quotidiens professionnels, un phénomène interpelle : l’IA générative est très utilisée, mais parfois sans remise en question. La réponse est fluide, donc elle serait juste. Or, si l’IA peut prédire, elle ne « sait » pas. C’est le premier risque réel de notre rapport à l’IA : non pas qu’elle se trompe, mais qu’on lui délègue notre pensée. Les chercheurs parlent de “cognitive offloading” : le transfert progressif de nos fonctions cognitives vers des outils externes. On enregistre une réunion pour générer un compte rendu automatiquement. Si celui-ci comporte une erreur, sommes-nous encore en mesure de la détecter ?
L’IA est une chance pour tous, mais sa démocratisation ne doit pas remplacer l’esprit critique. La calculatrice n’a pas remplacé les mathématiques et l’IA ne remplace pas l’expertise métier. La qualité de ce qu’une IA génère dépend directement de ce qu’on lui fournit. En e-commerce, un agent IA peut piloter des campagnes ou segmenter les clients, à condition qu’on lui injecte des données et objectifs clairs. Pourtant cet agent IA ne connaît pas la relation émotionnelle avec un client fidèle. Ce contexte-là, c’est l’expertise humaine, et c’est elle qui détermine la valeur de ce qui est produit.
« Use it or lose it. » Les organisations qui ont massivement externalisé certaines fonctions ont parfois perdu leur capacité interne à les piloter. Le parallèle avec l’IA est évident : si l’on délègue sans pratiquer, on perd le référentiel pour juger. Un rapport du WEF le confirme : les compétences humaines comme la créativité, l’adaptabilité et l’esprit critique deviennent stratégiques parce qu’elles sont fragiles et s’érodent sans pratique délibérée.
Mais la question n’est pas de savoir s’il faut déléguer ou non à l’IA. Certaines tâches doivent l’être pour gagner en efficacité. L’enjeu est surtout de comprendre lesquelles et leurs conséquences, ce qui exige de rester expert de son domaine. Nos compétences ne sont pas rendues obsolètes par l’IA, elles en sont le carburant.
Se former à l’IA est indispensable. Continuer à développer ses compétences humaines et les fondamentaux de son métier l’est tout autant, car l’IA n’est ni un oracle ni un assistant, c’est un partenaire exigeant. Encore faut-il être à la hauteur de la collaboration.
(Source : WEF, New Economy Skills: Unlocking the Human Advantage, décembre 2025)
Sandrine Bovis, mars 2026.
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